lundi 28 octobre 2013

Faïences : Digoin & Sarreguemines


Dans tous mes souvenirs, les assiettes, plats, soupières, saladiers et bols Digoin & Sarreguemines étaient utilisés quotidiennement sur la table de mes grands-parents.
C'est un des souvenirs marquants de mon enfance.

Les illustrations montrent des exemplaires des séries Marinette, Mireille ou Eliane qui datent des années 50-60.
  
Cette vaisselle en faïence, aux décors naïfs et souvent bicolores constituait un équipement simple, mais tout de même d'un niveau de confort certain. On était loin de la vaisselle basique et dépareillée qu'on croisait souvent dans les fermes ou dans les milieux pauvres.

La réputation de la faïence de Sarreguemines n'est plus à faire. En deux siècles, la petite industrie familiale née à la Révolution a fait du chemin. De nombreux amateurs de ces pièces gaies et colorées sont disséminés un peu partout dans le monde.

Paul Utzschneider et Paul de Geiger, véritables hommes-orchestre, ont propulsé la petite ville au tout premier rang de l'industrie faïencière: dès le 19ème siècle, Sarreguemines propose dans le monde entier une vaste collection de faïences, vases, cache-pot, fresques murales, cheminées...

L'activité débute en 1790. Nicolas-Henri Jacobi et deux autres associés installent la première manufacture. Toutefois, la conjoncture n'est guère favorable. Jacobi achète alors un moulin à huile qu'il transforme en moulin de cailloutage situé en bord de rivière, mais sa bonne volonté ne suffit pas : les difficultés d'approvisionnement en matières premières, l'hostilité et la méfiance des habitants, la concurrence des manufactures anglaises et françaises et les troubles de la Révolution poussent Jacobi à céder la place...

Paul Utzschneider reprend la manufacture en 1800 et la redresse rapidement. Napoléon Ier devient un de ses meilleurs clients et lui passe plusieurs commandes. L'usine produit la pluspart de carrelage mural pour le metro parisien quand il est construit.
Utzschneider, un jeune homme inventif, introduit de nouvelles techniques de décoration. L'expansion est telle qu'il doit ouvrir de nouveaux ateliers. Il fait ainsi l'acquisition de plusieurs moulins. Les protestations suscitées par les déforestations l'amènent à l'utilisation de la houille en substitution du bois, mais il faut attendre 1830 pour que soient construits les premiers fours à houille.

En 1836, Utzschneider confie la direction de la manufacture à son gendre, Alexandre de Geiger. Ce dernier fait édifier de nouvelles constructions en respectant l'harmonie du paysage. Le Moulin de la Blies est édifié en 1841 dans cet esprit.
En 1838, Alexandre de Geiger s'était rapproché de Villeroy & Boch. Cet accord a contribué à la croissance de l'activité. La révolution industrielle bat son plein, une architecture nouvelle apparaît, avec l'apparition de toits en sheds et de hautes cheminées à section ronde évitant la retombée des fumées sur les habitations voisines.
Les nouvelles usines construites en 1853 et 1860 fonctionnent ainsi uniquement à la vapeur. Dans les ateliers, la modernisation porte essentiellement sur les énergies nécessaires aux machines.

En 1871, suite à l'annexion de la Moselle à l'Allemagne, Alexandre de Geiger quitte Sarreguemines et se retire à Paris. Son fils, Paul de Geiger, assure alors la direction. Deux nouvelles usines sont construites à Digoin et à Vitry-le-François.
Paul de Geiger meurt en 1913, année où Utzschneider & Cie est scindée en deux sociétés, l'une gérant l'établissement de Sarreguemines, l'autre les usines françaises (Digoin et Vitry-le-François).
En 1919, après la première guerre mondiale, l'unité se reconstitue sous le nom de Sarreguemines-Digoin-Vitry-le-François et est administrée par la famille Cazal. Durant la Seconde Guerre mondiale, la faïencerie fut mise sous séquestre et sa gestion confiée de 1942 à 1945 à Villeroy & Boch.
Au début du 20e siècle l'usine de Sarreguemines, qui se spécialise dans le carrelage décoratif, profite d'artistes comme H. Steinlein. Ils sont engagés pour dessiner du carrelage mural pour des grands magasins et des entrées d'immeubles.

En 1978, suite à une OPA, la manufacture est rachetée par le groupe Lunéville-Badonviller-St-Clément. C'est le tournant décisif de l'histoire de la faïence à Sarreguemines : la fabrication de vaisselle est abandonnée en 1979 et l'usine se concentre sur celle de carrelage, murs et sols. Le site du moulin de la Blies est abandonné.
En 1982, la faïencerie prend le nom de Sarreguemines Bâtiment.
Dans l'usine de Vitry-le-François on produit du sanitaire, à Digoin on fait de la vaisselle pour la restauration collective et à Lunéville-Saint-Clément, des pièces d'art et des pièces décorative.

En 2002, suite à un plan de reprise de 19 salariés et cadres devenus actionnaires, l'entreprise prend le nom de Céramiques de Sarreguemines. Il reste 130 ouvriers qui essayent de maintenir l'outil de production.
En 2005, l'entreprise est placée en liquidation judiciaire. La production continue avec une soixantaine d'ouvriers.

Le 9 janvier 2007, le tribunal ordonne la liquidation et la fin de l'activité au 1er février 2007. 
La faïencerie de Sarreguemines n'existe plus. Lunéville-St Clément continue à produire certains modèles qui en avaient fait la renommée. 
A Digoin, Sarreguemines Vaisselle poursuit son activité pour les collectivités et rejoint le groupe Dudson.

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