lundi 20 septembre 2021

Paris se découvre au fil de ses galeries et passages couverts - Thibaut Verrier - Courrier Picard 28/08/2020

Créés en majorité dans la première moitié du XIXe siècle, les passages couverts et les galeries vont révolutionner la manière de faire du commerce et instaurer l’art de flâner, à l’abri. Avec l’arrivée des grands magasins, ils vont peu à peu disparaître. Dans la capitale, il en reste une vingtaine encore ouverts au public du lundi au samedi, dans des styles très différents.


À côté des Grands Boulevards

Parmi les premiers passages créés dans la capitale, il y a celui des Panoramas. Construit en 1800 à la place de l’hôtel de Montmorency, son nom fait référence aux deux anciennes tours dans lesquelles on pouvait voir de grandes toiles. Malgré la destruction des tours en 1831, le passage a été longtemps un des lieux favoris de promenade avec la présence de boutiques de luxe, dont le graveur Stern ou l’ancienne chocolaterie Marquis. Sur ses 133 mètres de long, on trouve des brasseries, des restaurants aux univers très variés (italien, franco-américain tibétain, asiatique), mais aussi des boutiques surannées de cartes postales, de philatélie.


De l’autre côté du boulevard Montmartre, le passage Jouffroy préfigure ce qu’a pu être la concurrence entre ces espaces commerciaux. Avec une ossature entièrement métallique, cet axe de 140 mètres construit en 1845 offre tout le confort de l’époque, avec davantage de lumière, une circulation plus facile et pour la première fois un chauffage par le sol. De chaque carrelage blanc, noir et gris, on trouve derrière de grandes devantures des commerces très différents, une épicerie fine, un salon de thé, la sortie du musée Grévin, un bouquiniste, des souvenirs… Ouvert en 1860, détruit en 1985 et reconstruit à l’identique en 1995, le passage des Princes (5, boulevard des Italiens) offre une jolie unité de couleurs et de matériaux ainsi qu’une lumière exceptionnelle. C’est le paradis des enfants avec plus de 80 mètres de magasins entièrement dédiés aux jeux et jouets !

Saint-Denis et Montorgueil

Dans le quartier Saint-Denis, un des plus populaires et industrieux de Paris en 1830, des petites fabriques vont trouver leur place dans un nouvel axe couvert. En 1835, sur l’emplacement de l’ancienne hôtellerie du Grand cerf, un passage de 113 mètres est ouvert au public. Une fois le fronton du 145, rue Saint-Denis passé, on est accueilli par une tête de cerf majestueuse. En avançant sur le carrelage blanc et noir, rapidement les devantures se succèdent avec une belle unité. Toutes les façades sont en bois patiné.
 
 
Avec une hauteur de presque 12 mètres et des grandes verrières, la lumière est très présente. Plusieurs activités sont installées. On y trouve une boutique de cadeaux, une agence immobilière, une boutique de confection, des galeries, des brocanteurs et des bijoutiers et une agence de communication. En face, on arrive au passage du Bourg-l’Abbé. Dans un style plus coloré, sur 47 mètres, on trouve des artisans (fabrique de pipes, menuisier, ébéniste) et des artistes.

Entre le Louvre et le Palais-Royal

Sur l’emplacement de l’hôtel d’Antoine de Dreux d’Aubray, deux charcutiers Véro et Dodat vont y faire construire une maison et un passage (rues Jean-Jacques Rousseau et Bouloi). Ouverte en 1826, la galerie Véro-Dodat va connaître un grand succès avec la présence à côté des messageries générales, terminus de toutes les diligences de France. Au fil des années, elle a conservé une belle unité avec des devantures boisées en arcades, cernées de cuivre et un carrelage en damier noir et blanc. Sur ses 80 mètres, restaurés en 1980, on y trouve notamment un luthier, un cordonnier, mais aussi un magasin de chaussures tendance et un restaurant.

Ouverte en 1826, la galerie Marchoux, rebaptisée rapidement Vivienne, offre un somptueux décor sur 176 mètres, avec plus de 70 commerces. À l’entrée par la rue des Petits-Champs, les flâneurs sont nombreux à pouvoir admirer les Caryatides sculptées. Située à côté du Palais-Royal, elle gagne rapidement en notoriété, malgré la concurrence directe de la galerie Colbert (en travaux). Inscrite à l’inventaire des monuments historiques en 1974, elle a pu bénéficier d’une belle rénovation. Entre les pans de bois des devantures, des bas-reliefs en hauteur, un sol en mosaïque, la balade y est très agréable. On peut y trouver un libraire-bouquiniste, un bar à vins-caviste, un salon de thé, des magasins de mode… Vidocq, le brigand devenu policier, aurait vécu au numéro 13. Elle a été un lieu idéal pour les couturiers. Kenzo y a fait son premier défilé parisien. Jean-Paul Gauthier s’y installe en 1986. Depuis 2019, elle est jumelée avec les galeries royales Saint-Hubert (Bruxelles).

Où manger?

Pour déjeuner tout en restant dans l’univers des passages couverts, il y a l’embarras du choix. Parmi les axes qui proposent la plus grande diversité, il y a le passage des Panoramas. On peut y manger italien, asiatique, découvrir la cuisine du monde, choisir le raffinement d’un établissement gastronomique ou trouver de la cuisine française. Pour les plus classiques, qui souhaitent se restaurer tout en bénéficiant d’un joli décor, l’idéal est de s’arrêter au Canard et champagne ou au One and one. Dans ce dernier, tout en admirant la façade en bois sculpté de l’ancienne chocolaterie François Marquis (1818) qui a cédé sa place aujourd’hui à un restaurant avec le canard à l’honneur, on pourra manger des salades ou des burgers, notamment le carnivore (cheddar, steak normand, sauces…) ou le végétarien, avec des frites maison. Le tout pour un prix raisonnable autour de 17 euros.
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire