vendredi 15 février 2013

Spanghero, un joli nom pour un cheval

L'affaire des lasagnes au cheval n'est pas une surprise. Elle ne fait que braquer les projecteurs, ou plutôt une lueur, sur des pratiques douteuses mais très courantes dans l'industrie agro-alimentaire.

j'entends déjà les représentants du ministère, des lobbies et de la FNSEA, hurler au discrédit de la filière, à l'exagération et tenter de discréditer la fronde. 
Bien sûr et heureusement que les dérapages sont rares. Mais les pratiques inacceptables sont légions. 

Respecter la vie animale, éviter les farines et les antibiotiques en traitements préventifs, observer des règles de bon sens coûte beaucoup plus cher et tout le problème est là.

La société Spanghero est montrée du doigt après une enquête assez longue mais nécessaire. Si les résultats de cette enquête se confirment, Spanghero est-elle la seule coupable ? Peut-être que oui. Mais elle n'est sûrement pas la seule responsable.

Depuis les années 60, on a fait croire aux consommateurs qu'il était possible de manger de la viande à chaque repas et l'industrie les a conditionnées à le faire. 
En augmentant le pouvoir d'achat ? Non bien sûr ! 
En réduisant, non pas la sécurité des processus de fabrication qui s'est grandement améliorée, mais la qualité des produits et en comprimant les marges des producteurs qui vendent, parfois, à perte. C'est le cas du lait en France.

Des marques comme Findus ou Picard ne sont pas des PME familiales. Les cahiers des charges  pour des produits comme les lasagnes incriminées réclament des prix extrêmement bas. 
Ces sociétés ont leur part de responsabilité lorsqu'elles sous traitent la fabrication de produits discount en fermant les yeux sur certains détails. 
Tout comme les politiques ont leur responsabilité en ne défendant pas suffisamment l'adoption de lois claires et intransigeantes, à Bruxelles en particulier. 
Le système de l'industrie agro-alimentaire satisfait simplement au libéralisme mondialisé et celà convient très bien aux cercles de pouvoirs.

Pour deux euros la barquette de lasagnes, la viande utilisée ne peut pas être du boeuf limousin et les tomates ne peuvent pas être bio et avoir poussé en plein champ. 
Les coûts de transport élevés vu le circuit des produits ne parviennent même pas à grever suffisamment  la note pour compenser les économies réalisées sur la valeur des produits. Pauvres chevaux roumains...

Lorsque l'auteur du livre No steak, Aymeric Caron, pose des questions qui fâchent, Benoît Hamon se permet de rigoler et tente de le discréditer. 
Pouvez-vous affirmer, Monsieur Hamon, que des dindes ne sont pas transportées, entassées dans les camions au point de crever avant la livraison pour une part d'entre elles ? Ou que les carcasses de porc des élevages industriels ne montrent pas des abcès gros comme des oranges aux endroits d'injection des antibiotiques ? Que la boucherie n'achète pas de lapins atteints de myxomatose tant que les oreilles restent droites ?
Bruxelles vient aujourd'hui d'autoriser l'usage de farines de volailles et de porcs pour nourrir les poissons d'élevage. Sans commentaire.

Tant que les lois permettront de pouvoir les interpréter pour les contourner, on ne pourra pas incriminer des sociétés comme Spanghero, sauf à tomber dans l'hypocrisie la plus complète, en espérant que le fusible suffira à éviter l'incendie.

Or je vous le dis, personne n'est jamais mort de ne pas manger de viande à chaque repas. L'être humain est un omnivore, pas un carnivore. 
Ceux qui ont le pouvoir au final, c'est vous en qualité de consommateurs. C'est vous qui décidez d'acheter un produit ou non.

Ne soyez pas naïfs, ne croyez pas que les produits de qualité peuvent être vendus à des prix discount. Achetez le plus local possible, respectez les saisons, privilégiez les petits producteurs et les produits les plus naturels possibles. Lisez les étiquettes, et cuisinez !
C'est aujourd'hui la seule façon de manger à peu près sainement.

C'est plus cher ? Un peu mais l'écart peut rester raisonnable. Cuisiner un velouté de chou-fleur coûte moins cher qu'une brique du même produit, quelque soit sa marque. Ca prend une trentaine de minutes et il y en a pour deux repas.
Certains n'ont pas les moyens ?  Dans notre société, nous ne sommes pas égaux. Ce n'est pas faute de le dire !
C'est une triste réalité ? Certes. C'est à vous de résister.

Si j'élève un jour des chevaux, le premier poulain s'appellera Spanghero. En hommage à ses pairs roumains, bradés en minerai de viande, sous la dénomination de boeuf tellement il est ingrat d'avoir été un cheval lorsqu'on finit dans une barquette de lasagnes...